jeudi 29 décembre 2011

Des mots sans faille




Longtemps après la faille, les yeux en quête d’amour continuent à chercher.
Le visage qui s’estompe et pourtant s’affirme en mémoire dans l’écho des mots qui courent bouscule les habitudes post-relations.

Les mots se faufilent en longues bribes à travers les couloirs factices du temps.
Ils comblent les fosses marines, construisent des monstres fantastiques, féériques qui recréent des possibles au milieu du néant.

Longtemps après la faille, après l’évanescence de l’amour qui s’est dilué, les mots, encore, résonnent, résonnent, même vidés de leur contenu suggestif, même évaporés en gouttelettes de sueur aigre-douce, ils parlent sans bouger les lèvres, sans retour possible.

Les mots dépouillés de leurs oripeaux des dimanches passés, de leur pouvoir de séduction, de leurs intentions troubles, les mots, dans l’essence même de leurs lettres qui se marient et se démarient, les mots.
Les mots, comme les yeux, ne subissent pas les assauts du temps.
Ils parcourent les siècles, créent des légendes, érigent des chefs-d’œuvre.
Mais sans vanité, sans orgueil.
Ils ne se laissent pas berner par des concepts creux, ils leur survivent …
A l’inverse des hommes qui les tordent, les manipulent, les bafouent, les extirpent, les mots nus ne mentent jamais.


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mercredi 21 décembre 2011

La quadrature du cercle




Faire le tour
De la quadrature
Du cercle
Dans le sens inversé de l’aiguille
Du Nord
Au grand dam
Des heures zénithales

L’abaque est resté muet
Les mages ont déversé
Force potions
Sans que le fil d’horizon
Ne bouge

A l’encontre
Des grands principes
Postulats et axiomes
Se bousculent à l’entrée
Mais sans conviction aucune
Que le tralala de chiffres épars
Désordre involontaire
Soubresaut du rationnel contre l’ir-
Rationnel
Omniprésent
Et
Placide.


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samedi 17 décembre 2011

Il se moquait de tout


De toi, de moi, des grands principes, des gens qui rient, des gens qui pleurent, des nostalgiques, des regrets, de la bêtise, de l’intolérance, du froid, du chaud
S’il avait pu se moquer de son propre reflet dans le miroir, il l’aurait fait.
Mais il refusait les miroirs, il refusait les photos, il refusait de laisser apercevoir ce petit coin d’âme qu’il avait gardé d’une enfance cahotante, déchirement, exode, peur de l’inconnu, des mots qu’on ne comprend pas, du regard des autres qui le dévisageaient, lui, l’étranger.

Il avait cette rage qui lui provenait de ses ancêtres, ce qu’il ressentait inconsciemment, ce qu’il s’était construit au récit des proches. Se battre pour l’égalité, s’engager sur des terrains politiques dont on ignorait à l’époque qu’ils étaient souterrainement minés, se tenir à des grands principes pour ne pas renier le sens d’une vie.
Il avait gardé de ses aieux, en l’effilant ce sens critique exacerbé qui détruisait tout sur son passage.

Et de temps en temps, mais si fugace qu’il fallait être à l’affût pour s’en rendre compte, une pincée de tendresse qui s’allumait pour quelqu’un de passage, il commençait à la cultiver avec délicatesse mais il finissait indéniablement par la détruire par peur de se sentir soudain vulnérable, de remettre en question une vie dont il avait érigé si fébrilement les piliers.


mardi 13 décembre 2011

Avec des bottes de pirate




Sans rien dire à personne
Juste à l’heure de la sieste
Il a pris son manteau
Enfilé ses bottes bleues
Aux allures de pirate
S’est éclipsé de l’appartement exigu
Qui donne sur la plage

Il avait envie de solitude
Cadencée par le chant des vagues
Bercée par le vent d’automne
Et d’air qui gifle et rosit les visages.
Dans ses mains froides
Il tient une fontaine de couleurs
Assortie à ses bottes
Vestige d’un anniversaire proche
Il voudrait que l’air froid
L’embrase et la fasse éclater
En paillettes ardentes.

Il pense aux siens
Qui doivent le chercher
S’inquiéter
Se morfordre
Il pense aux blagues qu’il leur a déjà infligées
Prémisses des frayeurs à venir.

Il sourit
De se sentir libre
Il est bien
Il est heureux.

mercredi 7 décembre 2011

Demain




Je ne sais de quoi demain sera fait.
Je ne me pose pas la question.
Il y a quelques temps, j’avais redécouvert l’espoir et un peu plus tard, de nouveau, la déconvenue.
Je vis avec. Elle ne me pèse pas vraiment ou alors parfois.

Quand je suis triste, je regarde autour de moi avec des yeux rajeunis.
Je découvre les rides des paysages et les vallons dans les visages.
J’écoute des voix connues et je lis sur les lèvres de ceux qui chuchotent en silence.
Je rencontre des gens que je pensais ne jamais revoir et ça fait du bien de se dire qu’on n’est pas ennemis, qu’on s’est juste perdus de vue, même si moi, je ne l’avais pas souhaité.
On fait semblant d’être de vieux amis, d’ailleurs fait-on semblant ? Ou l’est-on vraiment même si on ne veut pas le reconnaître ?

La vie de tous les jours sculpte aussi des barrages à d’autres lendemains.
Mais c’est celle à laquelle on s’attache parce qu’elle fait partie intégrante de nous, parce qu’y renoncer, ce serait une forme de reniement de notre essence.
Et on ne renie pas l’édifice sur lequel on a posé des pierres communes avec nos proches.

Je ne sais pas de quoi demain sera fait.
Peut-être de nouvelles rencontres qui ne prêteront pas à confusion, juste un moment agréable, juste l’instant présent.
Juste taire le hasard qui brouille les pistes et favoriser celui qui crée diversion …




vendredi 2 décembre 2011

La femme sur un banc




Il fait si beau.
Elle, attifée comme un sac dans un tablier à fleurs d’un autre âge, le foulard autour du cou et des sachets plastique à chaque bras d’où émergent des objets insolites et pas de première fraicheur, il semble, passe devant notre banc devant les étangs en fête et s’installe sur le bord extrême du banc suivant comme si elle avait peur que quelqu’un veuille la toucher.

Elle dénote un peu parmi les élégants et les robes à dos-nu, on la croirait sortie d’un roman de Simenon, attendant un rancart qui lui livrera une quelconque rançon contre des objets ou secrets volés. Elle ne regarde personne, fixe droit devant elle, s’attarde-t-elle à suivre les silhouettes nombreuses qui déambulent devant elle.

En tout cas, aucun signe de son visage ne témoigne d’une quelconque attention. Elle reste assise comme si elle attendait un tram qui ne vient pas. La gare des trams métallique et moderniste à ciel presque ouvert s’étale à dix mètres et ne s’étendra pas jusqu’à elle.

Ma voisine est une jeune fille brune au visage avenant que j’ai rencontrée dans le quartier lors de la dernière fête des voisins. Eh oui, dans le grand désespoir solitaire des villes, on a instauré cette fête pour qu’une fois par an une porte s’ouvre et que des langues inconnues se délient.
Dans la masse majoritaire des voisins quinquagénaires, cette jeune fille et son groupe d’amis colocataires faisaient tache mais tout compte fait, ils sont bien sympa quoique étant plutôt du genre artistes fauchés. Ce jour-là, pour l’occasion, ils s’étaient douchés, peignés, talqués, ils avaient mis leurs plus beaux atours (à moins que ce soient des costumes de scène – j’ai cru comprendre qu’une des filles était scénographe – je serais curieuse d’aller visiter la garde-robe qu’elle doit conserver au sous-sol).
Alors on a parlé de tout de rien, de culture (ils sont très forts dans ce domaine, musiciens, comédiens, chanteurs, designers et j’en passe) je leur ai montré la photo de mes enfants partis l’un aux States, l’autre en Indonésie.
Ça fait toujours de l’effet quand je dis que je travaille dans une banque et que mes enfants ont des situations dorées sous d’autres latitudes. A vrai dire, pour le doré, je n’en suis pas si sûre : ils n’ont jamais voulu que j’aille les voir prétextant qu’ils étaient trop occupés, que leur emploi leur mange tout leur temps et ne leur en laisse même pas un peu pour fonder une famille, que ce sera dans quelques années ...

Je disais donc que j’avais rencontrée ma jeune voisine devant le glacier C. juste en sortant de mon boulot. Je n’avais pas envie de me retrouver toute seule avec mon chien qui comme à son habitude aurait exigé sa promenade quotidienne en me ramenant sa laisse et en me suppliant du regard. Cette bête m’ennuie vraiment. Quand le père de mes enfants s’est envolé avec une jeunette il y a quelques mois, c’est tout ce qu’il m’a laissé : un chien vieillissant et plaintif. S’il n’était pas parti à quelques centaines de kilomètres, je lui aurais bien ramené son chien porteur de pantoufles (moi je ne supporte pas les pantoufles, surtout celles de mon ex-mari.

Mais je digresse, est-ce déjà un signe avant-coureur de quelque sénilité foudroyante ?
La jeune voisine et moi échangeons des propos banals. Qu’y a-t-il de commun entre nous ?
Pas grand-chose, sans doute. La culture n’est pas mon domaine privilégié (je crois que je vous ai dit que je travaille dans une banque au milieu des chiffres rebelles qu’il faut dompter pour les aligner dans des colonnes bien tracées). La mode, encore moins, il suffit de me regarder, avec mon tailleur proprement coupé, j’ai l’impression de sortir d’une série américaine où je serais avocate au grand cœur défendant un beau séducteur menteur. Que voulez-vous ? Je ne suis pas une femme dentelles alors je la joue femme hommes d’affaires. Pour notre clientèle argentée, ça le fait toujours. Et puis, la fille ne semble pas être un canon de la mode, oui, proprement habillée avec un brin de fantaisie qui accentue son charme latin, elle rayonne au soleil et son sourire vaut bien plus que ses fringues. Les enfants ? Elle n’en a pas et ne semble pas prête à en faire, d’abord pour faire des enfants, il faut avoir les moyens et je crois qu’elle ne les a pas vraiment, cela supposerait arrêter de travailler ou engager une nounou. Pas donné à tout le monde. Les travaux dans le quartier, ah oui, éternel sujet de jérémiades avec les bull qui se mettent à ronronner dès six heures du matin, et les camions qui ramènent des marchandises au milieu de la nuit pour ne pas déranger la circulation ou pour ne pas être dérangés. Oui, ça c’est un sujet preneur qui met à l’unisson toutes les générations confondues.

Et puis, le temps, ce formidable été indien qui a pris le relais de la saison pourrie d’avant l’automne, les gens qui se baladent, qui trompent les dates avec leurs parures estivales. On regarde autour de soi, près des étangs, les fontaines clapotent dans le soleil et les promeneurs se prélassent sur les pelouses sèches. Un chien accroché au socle d’une statue tourne en rond en espérant qu’on ne l’oubliera pas, il se dit : c’est ça une promenade, une liberté circulaire de 3,50 m pendant que son maître sirote une bière (si c’est un homme) ou mange une glace (si c’est une femme) un peu plus loin.

Mon esprit retourne à la femme toujours sur son banc, elle qui m’a inspirée ces quelques lignes d’écriture jetées furtivement sur le clavier.
Elle est toujours là, elle attend le prochain arrivage, la prochaine brocante où elle restera patiemment jusqu’à la fin pour ramasser les derniers rossignols. J’imagine l’entrepôt où elle expose ses innombrables trésors dans un désordre théâtral. Ce n’est pas l’espace qui lui manque. Elle possède dans les beaux quartiers plusieurs immeubles qu’elle loue au prix fort à ceux qui en ont les moyens ou veulent paraître.

Mais son cœur de brocanteuse ne peut se satisfaire de ces revenus facilement gagnés qui tombent chaque mois dans son escarcelle.
Sa vraie vie, son aventure, c’est ici sur ce banc à réfléchir aux prochaines chasses, à son addiction de collectionneuse et à ne parler à personne qu’aux objets tombés sur sa route.

lundi 28 novembre 2011

Le coq


Ce coq était un vrai fou furieux.
Il régnait sur la cour de la ferme – et grand était son royaume et sur ses nombreuses vassales dont il usait et abusait à sa guise.

Les enfants voisins possédés par je ne sais quel démon tentaient toutes sortes d'expériences pour l’ennuyer et rendre sa crête encore plus rouge.
Ils s’armaient d’une grosse branche d’arbre (toujours la même qu’ils gardaient à portée de la main)à l’assaut de l’animal qui fonçait et se trouvait empêtré dans les brindilles, lui lançaient des cailloux – pas trop gros pour ne pas éliminer complètement l’adversaire, se cachaient dans le foin pour se livrer à des concerts de cocoroco qui le rendaient furibond. Face à cette fourche dissuasive, sa crête virevoltait dans tous les sens : qui osait ainsi s’aventurer sur son territoire et menaçait son sérail ?

Une vieille voisine qui venait acheter des œufs eut aussi maille à partir avec le gallinacé qui d’un coup de bec hargneux lacéra ses jambes et dévoila ses varices dans toute leur splendeur sanguinolente.

Elle accusa les enfants d’avoir excité l’animal, de l’avoir rendu encore plus méchant et décida d’exiger qu’à l’avenir, ils seraient ses commissionnaires à la ferme …bien piètre punition pour des gosses qui adoraient investir le domaine de la ferme et entretenaient à moindre frais leur ration d’adrénaline !

mercredi 23 novembre 2011

Rivale marine




La mer c’est ma vie
Lui disait-il
Même sous la pluie
Même l’hiver
Même dans la tourmente
Si tu veux me connaître
Il faudra patienter
Encore et encore
Que la mer ne veuille plus de moi

Elle souriait
Elle écoutait ses paroles
Sans comprendre
La lourdeur des mots
Leur signifiance démesurée
Leur impact sur un avenir
Aléatoire
Tributaire de la mer
Plus que des sentiments

Elle se disait qu’il se lasserait
De cette eau gloutonne
Qu’il reviendrait
Et ne la quitterait plus
Parce que son attachement pour lui
Était plus que quelques tonnes de vagues
Qu'il finirait par comprendre

Il lui expliquait le bateau
Ses voiles
La soute
La poupe
La proue
Les belles boiseries du capitaine
Et la couche étroite où dans ses courtes nuits
Il penserait à elle

Elle souriait au loin
Elle savait déjà qu’il était
En partance
Qu’il était déjà parti
Et que ses baisers auraient le goût du sel.

mardi 15 novembre 2011

La ville





Avant toi, elle n’existait pas, oh bien sûr que si, sur le papier, dans mes souvenirs d’école secondaire, dans mes frénésies de shopping ou mes vaines tentatives d’évasion.

En réalité, elle n’existait pas vraiment, pas comme je la voyais depuis les rencontres du dimanche, les longs flirts dans le parc, les vitrines où l’on passait le temps à autre chose qu’à se regarder dans le blanc des yeux, les terrasses ensoleillées, les longues stations aux arrêts d’autobus, les signes de la main quand il s’éloignait dans la nuit pour une semaine, une éternité.

La ville était un rêve auquel on s’accrochait, un sapin qu’on décorait de lampions.
Chaque coin de rue racontait notre histoire.
Et puis la vie nous emporta dans une autre histoire, la ville passa au second plan.

J’avais oublié à quel point la vie est belle quand on est amoureux, du moins quand on croit l’être, quand on se fixe, apeuré, un premier rendez-vous en espérant très fort en fermant les yeux que ça se passera pour le mieux, que les atomes s’accrocheront jusqu’à ne faire plus qu’un, que les paroles ne seront que des prétextes pour tisser des liens plus forts plus vrais.

Alors le soir du rendez-vous, quand les pas reprennent chacun leur destination initiale dans des directions diamétralement opposées, je n’avais pas envie de quitter la ville, pas envie de retourner dans un chez moi devenu étranger. Je continuais à marcher pour prolonger la magie, une présence accrochée à la mienne et dans la tête des paroles de tendresse qui résonnaient encore et encore.

Quand les paroles se sont évaporées, que les images sont devenues floues comme ne faisant pas partie d’une réalité contestée, la ville a cet autre visage qui n’est plus qu’un brouillard en formation. Serait-ce l’éternel automne ou verrais-je une autre saison une fois libérée de son regard-souvenir ?

Il va falloir réapprendre à dessiner la ville sous d’autres couleurs que les siennes. Je dois exorciser ces milieux qui furent nôtres pendant quelques instants dont je ne comprenais pas la grandeur et la fragilité ; je dois retourner là où je l’ai découvert, planifier l’indifférence ou prendre la conscience du moment présent, seule avec moi-même, témoin neutre d’une histoire somme toute banale.

Sous un jour nouveau, la ville est devenue une panoplie de villes avec une palette interminable de couleurs, de sentiments, interchangeables ou pas, des crépuscules rougeoyants ou des matins de frilosité, des averses chaudes ou des grêles dévastatrices. La ville comme un monstre de science-fiction, tentaculaire ou vide, comme un fantasme fantasy arc en ciel ou nimbo-stratus en déroute, avec ses petits hommes-pions qui scandent la circulation, ses vitrines exorbitantes où les reflets se noient à foison, ses flaques dont chaque goutte éparpillée ouvre sur d’autres mondes.

Puis un souffle de nostalgie qui gomme le présent, faisant croire encore au miracle de la rencontre, douce ou cruelle récidive.

La ville derrière moi qui m’entoure ou me glace, celle où je t’ai cru vivant, aimant, attentionné.
La ville qui peut encore renaître des cendres qu’elle n’a pas consumées.
La ville ardente comme la vie devrait l’être...




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mercredi 9 novembre 2011

Tout essayé




J’ai tout essayé pour plaire à mon public : l’humour décalé, la poésie ésotérique, les anecdotes croustillantes ou pas, les contes à dormir dans la position de son choix les énigmes sans solutions, les questions existentielles … rien n’y fait, après quelques visites de courtoisie, je me retrouve dans un état délaissé.

Oui, j’ai tout essayé : squatter chez des « vedettes » du web, caresser des écrivains plus ou moins réputés dans le sens du poil, balancer des petites feintes (idiotes, je l’avoue) chez l’un et l’autre, me lancer dans la chanson avec ma voix de fauss(et)é, participer à des ateliers de nécriture, publier des photos kitsch …
Rien n’y fait, on ne m’aime pas et c’est une litote !
On m’évite comme la peste après avoir fait semblant par obligation sociale d’être sympa.

Alors, j’ai décidé d’émigrer vers une île déserte où je pourrais dessiner mes idées sur la plage qui les emportera pas trop vite si ça lui plait, avec fracas dans le cas contraire.
La douche écossaise, il parait que ça peut les rafraîchir, les idées.

Bon trêve de bavardage, je me pends au haut-mât, les pieds dans le vide aqueux.
Souhaitez seulement que la marée ne me ramène pas jusqu’à vous !

jeudi 3 novembre 2011

Embarcation




J’ai tourné le dos
À ma vie
À la berge
À ce qui semblait tout pour moi

Je suis partie sans bagages
Je me suis faufilée
Sous les branches dénudées

La barque, sans effort
M’emmenait
Ailleurs

Mes regrets laissés sur le rivage
Mes bras énergiques emportaient
Mon regard

J’imaginai les terres lointaines
Où je pourrai reconstruire
Une vie
Sans vestiges
Sans remords
Ma renaissance.



mardi 25 octobre 2011

Entre les brins verts




Un œuf en caoutchouc
Gisait sur l’herbe sauvage.
La clôture verte n’osait s’en approcher
De peur de le briser.

Les trèfles et les boutons d’or
Lui faisaient office de litière
Entre deux orages.

En prêtant l’oreille
Sans le harcèlement des grillons
On aurait pu entendre
Son cœur
Se disloquer
Puis resurgir

jeudi 20 octobre 2011

Panne




La lune était sous le châssis
Bien calée sous les crampons noircis

En lisant le mode d’emploi
Je me rendais compte
À quel point je m’étais embarquée dans l’aveugle

Des termes barbares me riaient au nez
Leur consonance lourde sonnait faux
Ces pattes de mouches
Avaient-elles un sens pour le voyageur ignare?

Quand j’ai enfin à tâtons
Réussi à libérer la lune de ses crocs
La nuit profonde était tombée
Sur la campagne muette

Ma lampe de poche
Aussi !

jeudi 6 octobre 2011

Noire campagne




Dans ces pays de noire campagne, la vie était rêche mais on s’y habituait.
On s’habituait au regard noir des ouvriers agricoles, à l’œil perçant des chasseurs de gibier, aux pas feutré des braconniers, aux chiens qui aboyaient comme pour rire parce qu’une plume avait enfreint leur champ sensoriel, au chant des coqs déphasés qui chamboulaient le rituel sacré des heures.

A l’époque la grande menace pédophile n’était pas encore arrivée, les enfants pouvaient courir en vagabonds du dimanche, les mèches rebelles, les brins de foin parfumant leurs épis, leurs culottes trouées par les ronces ou les barbelés qui voulaient leur barrer le passage.

Chaparder était un sport de part et d’autre, certains endroits étaient tolérés comme no man'land et on faisait peu de cas de la disparition de quelques pommes véreuses ou de poires d’août juteuses mais à la vie éphémère.
Les garnements faisaient provision de ces fruits défendus et allaient se cacher au sommet des chariots de meules de foin en procession estivale.
Ils riaient saccadé tandis que leurs rires étaient étouffés par le grincement des roues et les sabots des chevaux de trait.

Dès qu’une rare automobile croisait leur convoi, ils se terraient ne laissant paraître que quelques cheveux ébouriffés noyés dans les fétus, pour qui aurait levé les yeux vers le ciel.

samedi 1 octobre 2011

Tous des photographes




Nous sommes tous des photographes, chacun à notre façon, nous regardons le monde à travers nos objectifs avoués ou pas, avec nos réflexes ou nos compacts.
Nous impressionnons la pellicule des apparences, nous nous arrogeons le droit d’en quantifier l’exposition, niveller les niveaux selon nos humeurs, caresser les courbes sous l’abscisse à peine effarouchée.
Quand le sujet relève de l’objet inanimé ou presque, la tâche est facile, on peut l’ombrer, accentuer ses contours, lui jeter un cœur d’aquarelle, sans risquer de le dénaturer à l’alcool de nos envies.

Mais pour l’humain, il faut louvoyer avec finesse, déjouer ses plans sans qu’il s’en aperçoive, capturer son image en lui donnant l’impression de jeter un regard subreptice autour de lui et surtout ne pas insister sur ses défauts en les gommant. Une verrue capturée effacée est une insulte à son intégrité physique. Lui lisser la peau est une manière indélicate de lui rappeler qu’il a vieilli. Par contre le maquillage de ses yeux rouges lui fera agréablement oublier ses tendances vampiriques.

Nous transportons notre attirail léger et terrible dans nos programmes de réinsertion, notre palette multicolore peut pâlir ou foncer à volonté selon notre humeur du jour.
Nous sommes des chirurgiens de l’âme dressés à l’esthétique des sens.
Nous sommes des météorologistes capricieux qui changeons les lueurs du ciel.
Nous sommes des miroirs du temps que nous façonnons à notre guise.
Et quand il nous faut revenir sur terre et qu’un miroir impertinent et vrai nous renvoie notre propre image nue, nous fermons les yeux pour ne pas la voir, préférant l’œil noir et subjectif de notre objectif.

Nous sommes tous des photographes.

mercredi 28 septembre 2011

Carpettes land




Je viendrai à bout de ces carpettes sanguinaires
Je les passerai au tambour
Et tant pis si elles dispersent leurs aiguilles
Entre les mailles du filet d’inox

Je les retrouverai
Peut-être entières
Peut-être en pièces détachées
Peut-être en fantômes effilochés
Peut-être un ensemble de rien

Ce qu’il en restera
De tout ou des riens
Après ramassis de poils sanglants ça et là
Je le poserai délicatement
Sur le fil
Equilibre
Fragile maintenu
Par des pinces-serres

Et j’attendrai que le soleil
Le vent
Ou autre chose
Fassent œuvre salutaire
Ou pas
Effacent ou flamboient

Ou je les oublierai définitivement
dans ce coin de jardin
Rendu Invisible
Derrière les rainures

Au fond
Que des lambeaux de vie
Oubliés par le temps
Leur rendre leur essence
Première.

dimanche 25 septembre 2011

Départ



…et surtout ses yeux fixes qui regardent sans rien voir
Comme à l’affût d’un au-delà hypothétique …



La Mamma

mercredi 7 septembre 2011

Halles presque de nuit




Sous les cheminées rouges
Décor de carton-pâte
Enserrés dans leurs enclos gigantesques
Les animaux meuglent
À qui mieux mieux

Dans le pavillon
Leurs cris effarouchés
Transpercent les tympans de
Quelques passants distraits
Égarés dans
Le vestibule
De ces lieux interdits
Marteaux et enclumes
Envahissent irrémédiablement
La cochlée titanesque

Dans une boite transparente
Des étoiles phosphorescentes
Attendent d’être délivrées
Aux bêtes
Pour les rendre muettes
La nuit
Juste pour la nuit

vendredi 26 août 2011

Mystère de l'art




Elle a presque des yeux de biche
Un sourire à peine amorcé
Qui en dit long et rien sur celui qui la dessine
Dépeint ainsi son visage inoubliable
Dans la lueur bleuie
Du soir naissant

Longtemps j’en suis sûr
Elle hantera les rêves les plus fous
De ceux qui daigneront poser le regard
Sur son âme presque offerte

Longtemps
Elle posera
En chef d’œuvre
Dans les annales
De la beauté
Et de ses mystères





mardi 16 août 2011

Jardin botanique




Avec une fleur ramassée on ne sait où
Il a levé son chapeau
m’a saluée

Qui était cet énergumène
Qui zigzaguait sans vergogne
entre les allées du jardin botanique ?

Son haleine ne puait pas le rhum
mais l’herbe fraichement coupée
ou quelque chose d’approchant

Non pas qu’il m’ait approchée de si près
-mais le vent le portait jusqu’à moi-
Je n’ai pu m’empêcher
de sourire
sans connaître la raison de ce sourire
ni l’état d’âme qui le soulevait

Quand je suis passée près de lui
-c’était la seule route ou le demi-tour-
il m’a fait un clin d’œil
narquois celui-là
et a sussuré quelque parole informe

J’ai feint de ne rien entendre
D’ailleurs avait-il murmuré
Ou était-ce le vent

Je suis rentrée chez moi
une fleur était accrochée joliment
à mon flanc
comme une signature





jeudi 4 août 2011

Cette « chose »



Je ne croyais pas à la perfection
Cette chose vive
Éclatante
Soutenue par un pinceau
Subtilement orienté
Pour la mettre en valeur

Cette chose n’avait pas toujours
Eté accrochée au mur
Cette chose avait
Vibré dans d’autres espaces
Confinés
Avait répandu ses humeurs
Brumeuses
Défaite
Et reconstruite
Et défaite
Et victoire
Temporaire

Cette chose dont tu avais parlé
Cette chose qui squattait
Tous les sabirs du monde
Cette chose n’existait
Que furtivement
Entre deux secousses interstellaires



mardi 26 juillet 2011

Nature subliminale




Les yeux voient ce qu’ils veulent bien voir, à moins que les objets, les éléments de nature ne prennent forme humanoïde que pour mieux nous intriguer.

Ce visage, je l’ai déjà rencontré.
Quelque part, dans une dimension héroïque ou sentimentale.
Il feignait de ne pas me regarder
Mais je le sais
De coin il m’observait
Longuement
Alors
J’ai fait semblant
Moi aussi

20/07/2011

(Clin d’œil à Arcimboldo)

mercredi 20 juillet 2011

Zoo




Derrière les barreaux serrés
Emmitouflée dans ma belle robe noire
Les yeux en écoutille
Je regarde ces petits d’hommes
Aux gestes saccadés.
Je les entends pousser des cris
D’admiration
D’horreur …
Ils me paraissent
Dans leur chair grassouillette
Bien appétissants
Bien plus que ces pavés
De viande reconstituée
Qu’on me lance avec mépris
Et rudesse
Comme si j’étais un fauve.
Ils ne savent pas
dans mon pays
J’étais princesse
J’étais savane
Et que les meilleurs morceaux
M’étaient réservés.
Un jour peut-être
Un moment d’inattention
Retrouver mes instincts
Rabroués
Et fuir
Au travers des grandes artères
Au rythme chaud
Du goût du sang.

jeudi 14 juillet 2011

Le bourdon





Je n’ai jamais aimé ce garçon.
Plus grand que ses copains de classe, fils unique, il avait un malin plaisir à faire enrager les filles

Dans la cour de récréation, il se faufilait sous les barrières et allait cueillir des orties pour venir les agiter devant les filles en les menaçant de ses grands yeux de bille.
Alors, les petites se terraient dans quelque coin sombre pas loin de l’institutrice qu’il leur disait de se disperser.

Elle ne pouvait même pas imaginer que le fils de sa collègue, la future directrice était ce petit démon ravageur.

Je n’ai jamais aimé ce garçon.
Puis il a grandi et je l’ai perdu de vue.
Quand sa femme est morte, d’un cancer, je n’ai eu aucune compassion pour lui, il affichait cette froide indifférence qui dissimulait sa cruauté congénitale.

Non, je n’ai jamais aimé ce garçon et la réciproque doit être vraie : pour lui, j’étais invisible, à part à la maternelle quand je représentais une paire de jambes juste bonnes à être flagellées.

samedi 9 juillet 2011

dimanche 3 juillet 2011

Pèlerinage




C’est un pèlerinage
Sans but
Sans lieu de culte
Sans idole
Le même voyage
Euphorique la dernière fois
Ici descendu en flammes
Dans les rougeurs ardentes de l’automne

Ta virtualité toujours aussi palpable
Cette fois-ci
À sens unique

Sur les mêmes routes
ton visage dessiné
Sans traits
ta voix modulée
Sans timbre
Ton rire éclaté
Sans écho

Les sommets suisses
Fondus dans la neige précoce des brouillards
Me narguent de ton absence

Je roule en silence
En écoutant mon cœur troublé par l’arythmie
traverser les fissures goudronnées.




lundi 27 juin 2011

Muse



Ton cœur
Bien plus qu’accroché
Les sangles souples de tes seins
Et ce fleuve tranquille
Où se noie ta sueur

Les blés de tes cheveux
Qui fleurent bon la moisson
Et l’or dans tes yeux verts
Qui me pète au visage

Ne manque que ta voix
Sur la toile
Enfermée
Ne manque plus
Que le souffle rauque
De ta bouche endormie …
Un dernier coup de pinceau
Pour dire
C’est terminé

lundi 20 juin 2011

Comme un coup de canon




Elle n’aimait pas le savon
Ou transpirait beaucoup
La fille trapue
Aux bas constamment fléchés

J’essayais de sentir le souffle du vent
Pour dissiper les effluves

Ce jour-là
Dans la salle de gym
On me l’imposa comme voisine
Sur le cadre

Je voyais bien
Sa figure rouge
Constellée de sueur
N’était pas très sportive

Sans attendre le signal du départ
Je filai
Et en deux temps
Trois mouvements
Comme un serpent
Me faufilai jusqu’au sommet

Alors que je jubilai
D’être la première
J’entendis
Un bruit sourd
Énorme
Qui fit vibrer les vitres

Non ce n’était pas le mur du son
La fille trapue
Tétanisée par le vertige
Gisait sur le sol
Quatre mètres plus bas

samedi 28 mai 2011

Le side-car



Sur la route du retour du Cap Nord, un équipage plutôt insolite : une très grosse moto avec un couple, un side-car et une mini remorque à l’arrière. En largeur, ils prennent autant de place qu’une voiture.

Je suis au volant, je suis intriguée. Je les suis pendant plusieurs kilomètres, je trouve l’équipage original et pour changer je me fais un film : je vois le petit passager du side-car, tête blonde (Scandinavie oblige) qui aura plus tard des souvenirs fabuleux de sa petite enfance à raconter.

La route est sinueuse, le motard roule prudemment, il a charge de famille et d’ailleurs la vitesse n’est pas un critère d’appréciation en Norvège.

Je continue de les suivre élaborant mon beau scénario, j’ai envie de connaître ce bébé de près qui a commencé sa carrière de motard si jeune et si j’ose, je demanderai même la permission de le prendre en photo pour étoffer mon livre personnel des records.

Je pourrais lire sur le visage de l’enfant le sourire épanoui de la découverte, le plaisir précoce de se distinguer de ces bébés engorgés dans leurs sièges auto jusqu’au cou et lui, petit cosmonaute dans sa capsule semi-transparente (j’espère qu’il y a une ouverture de fenêtre assez grande pour qu’il puisse admirer ce paysage polaire.

Au bout d’une demi-heure, la moto s’arrête sur un parking. Une femme (au vu de ses formes arrondies sous la combinaison de cuir moulante) desserre son étreinte, rend au conducteur la liberté de son tour de taille. Elle lève la jambe et descend de moto, se penche pour ouvrir le couvercle précieux.

Une grosse masse noire jaillit de la carcasse éventrée.
Le bébé charmeur s’est transformé en un effrayant doberman qui, déjà, me montre ses crocs.
Il sait et depuis un moment que je l’observe et cela n’a pas l’heur de lui plaire. Il me congédie hautainement.

C’est alors que je me rends compte que je me suis trompée d’itinéraire, distraite par le désir inconscient et la curiosité de connaître cette famille.
Son troisième membre qui trônait invisible à mes yeux sur le siège passager du side-car, ne se montrant nullement avenant, je rebrousse chemin sans tarder !




mardi 24 mai 2011

lundi 25 avril 2011

Pause-tristesse

à durée à déterminer ou pas ...





Plus on meurt, plus on a à renaître.

Mais savoir aussi la souffrance du passage, l’indicible souffrance, la souffrance qu’on sait absurde parce qu’elle n’est pas un moyen, pas un moyen pour une fin...On ne sait pas ce qu’il en sortira, de grand ou de petit. Savoir qu’on ne sait pas.

Et consentir pourtant

Texte écrit par Aléna

jeudi 14 avril 2011

Absence créative





Les caresses non prodiguées
J’en ai fait des sculptures
Qui modèlent le vent

Les regards à peine nés
Déjà évanouis
J’en ai fait des peintures
Aux couleurs délavées
Aux contours imprécis
Et doux

Les paroles ardentes
Recouvertes d’un coup
D’éteignoir
J’en ai fait des fantômes
Qui peuplent mes grands jours de vide

Et les sourires ?
Les sourires ?
Je les ai gardés
Malgré toi
Ô grand effaceur
Je les ai kidnappés
Du fond de tes ravines
Gravés aux sommets des montagnes
Ils me disent encore :
La joie partagée
Même un court instant
Ne disparaît
Jamais
Tout à fait
Son ombre continue de
Nimber les nuages gris

Et si malgré tes serments
Négatifs
Tu venais ici me rendre visite
Subreptice
Tu extirperais de ta mémoire
Cadenassée
Quelque caresse
Quelque regard
Quelque parole
Quelque sourire
Rescapés du déluge

Un coin de terre ferme
Où t’asseoir
Un instant.

lundi 4 avril 2011

Fond de blancheur




Le ciel était plombé et la mer était blanche.
A travers les gouttelettes éparpillées sur la fenêtre du train qui s’essouflait
À l’approche d’une gare supposée proche
Je voyais ces oiseaux gris
S’attarder les pieds au froid
Installés comme pour un festin
Aux senteurs d’herbes durcies

mardi 29 mars 2011

Soif




A la sortie du train, il s’engageait à grandes enjambées dans le passage pour piétons bousculant presque ses voisins.
Il s’engouffrait dans le premier café
Comme s’il voulait se noyer dans un verre
Oubliant à l’instant qu’il y en avait eu des tas d’autres avant
Qu’il y en aurait des tas d’autres après
Qu’ils avaient tous la même saveur amère
A chacun d’eux, il réservait une dévotion particulière
Moment d’abandon du corps et de l’esprit
Nectar qui déshydrate appelle à une réhydratation imminente
Il n’aimait pas la solitude
Devant le verre qui pétille
Alors pour oublier, il fermait les yeux
En portant le verre à la bouche
Intérieurement, il alimentait tout un flux de pensées
Qui l’enrobaient tout entier
Dans son délire presque éthylique.

mercredi 23 mars 2011

Numérologue improvisé





Dans la galerie marchande
Atours tapageurs
Il m’avait fait le coup des cartes
des chiffres,
des lettres écrites en tout petits (vilains) caractères
et qui l’assumaient sereinement.

Il avait sorti de ses poches
format extensible
tout son attirail magique
des hiéroglyphes
qu’à travers ses mots
il rendait lisibles ou presque.

Ça changeait des colombes
Des lapins
Des foulards
Mais ça volait
Aussi rapide
Avec un effluve
d’entourloupe.

Il observait l’auditoire sceptique
Par-dessus ses verres de presbyte
Et ânnonait des phrases-type
Bizarres
Sorties de quelque grimoire
Poussiéreux

Il disait qu’il avait compulsé
Plein de livres sur cette science obscure
Qu’il les avait synthétisés
En avait tiré le meilleur
Les avait rendus accessibles au commun des mortels

Il trouvait réponse à tout vent contraire
Retournait les arguments comme des crêpes
prêtes à être enfilées

Il décrivait
l’action
le mystère
l’enthousiasme
l’aventure surtout
l’inadéquation de mon couple à mes attentes ou
l’osmose parfaite de ma jeune voisine avec
son amoureux
La fin tragique
Ou les pulsions meurtrières
De quelque autre présent

Je riais
Je savais tout ça

Les numéros qui parlent
Ne pouvaient pas changer
La face d’un monde
Moi seul le pouvait …

samedi 19 mars 2011







De longues traînées laiteuses caressaient les herbes,
s’insinuaient dans l’âme
entre les bras infiltrés des arbres,
atones.

mardi 15 mars 2011

Fossette tienne





Quand tu souriais au loin
J’imaginais
Carrefour de ta bouche en cœur
Cette fossette tienne
Aperçue au seuil du
Crépuscule
Sous les réverbères juste
Éveillés

Les pavés gris
Irradiaient mille lucioles
Reminiscences pluviales
Ou crépitement de nos yeux
Tes mots éclatants
Battant rythme

Ce grand soir
Historique en nos cœurs
S’est éteint
J’ai cru en d’autres
À renaître
Que l’avenir aussi
Tracerait convergence

Mais ta fossette
Avec ton sourire
Furtives siamoises
S’étaient évaporés

Tes mots éclatants
Éclatèrent
En mille débris
Épars
Je perdis le fil ténu
De tes traits
Cette douce habitude
T’attendre
T’entendre
T’apprivoiser

mercredi 9 mars 2011

Jean-Pierre




Jean-Pierre, hâbleur, voulait faire rire les filles.
Le teint déjà rougeaud annonçait les prémisses d’un futur tempérament sanguin.
Des bajoues accentuaient son côté chérubin bientôt déchu.

C’était le cousin de ma copine, cousin germain ou un peu moins ...elle aimait compliquer les explications généalogiques !
Ils se ressemblaient si peu que je me demandais de quelle branche il était descendu…

Dans la cour de la ferme, il venait plus souvent depuis que je fréquentais l’endroit.
Il faisait des blagues de quat’sous.
Oui, nous riions, pas des blagues. Mais de lui. De ses efforts maladroits pour passer à l’avant-plan.

Un jour, il attrapa une souris (je ne le croyais pas si agile !) et par la queue vint l’agiter sous nos yeux – toutes les filles, c’est connu, ont peur des souris ! -

Alors qu’il guettait notre réaction, le rongeur se retourna et lui mordit la main.
C’est un petit enfant qui hurla.
Tandis que nous nous esclaffions de ses piètres exploits.

jeudi 3 mars 2011

Danser




On dansait
Comme des malades
Tous les soirs
Jusqu’à la nuit ancrée
La notice dans les yeux
Le recul du temps

Jusqu’à épuisement
Jusqu’au couvre-feu
Qui couvrait nos sueurs

On avait pour modèles ces couples en papier
Glacé
Glisser sur les parquets lisses
Mus par les talons
haut
Si haut et pourtant sans vertige
Hormis la torpeur
De la musique

Et on s’endormait au son des tempos
Jusqu’à l’aube
Que lancinait
l’écho.

jeudi 24 février 2011

Fichus damiers !




Le sol un peu rugueux s’amusait à jouer à cache-cache avec les couleurs, devenait noir puis blanc puis noir encore, suite insensée. Si au moins j’avais pu détacher les couleurs et les ranger par famille, mais non, rien à faire.

Derrière moi, j’imaginais les pieds de maman balancer d’impatience parce que j’avais décidé de rester sur place jusqu’à trouver une réponse. J’avais dans ces moments-là l’impression qu’elle battait la mesure sur un air impalpable , mais ce n’était sûrement pas le cas : elle n’avait aucun sens du rythme et quand ensemble, nous battions dans les mains, elle se perdait dans des sonorités imperceptibles.

Autour de moi et des pieds de maman, il y avait d’autres pieds qui se promenaient sans but, s’arrêtant sans raison ou alors juste pour jeter un œil par la fenêtre dans le parc bordé d’eau. Moi, je ne voyais rien, mais en passant l’entrée, j’avais examiné les lieux, des fois que maman se serait perdue et que j’aurais dû lui prendre la main pour la guider, ah, ma gentille petite maman si distraite …

samedi 19 février 2011

Coquille




Et si le monde n’était qu’une coquille
Vide ou plaine
Selon nos moussons
Striée de nos peurs
Griffue de nos ressentiments
Lissée de nos espoirs

Tapoter du doigt
Sur son enveloppe défaite
Laisser échapper
Des films aux couleurs vives
Ou passées

Le projecteur crisse
Bruit
De crécelle cahotante
Et nos souffles courts

mardi 15 février 2011




Il est grand temps de sortir le plumeau ...

vendredi 11 février 2011

Déchu





Objet déchu

Amorti par les perce-neige

Au creux de l’hiver

dimanche 6 février 2011

Rouge sur fond gris




Sur la pierre grise qui tissait les fils du temps
La lave incandescente avait traversé les strates
Consumant le vase qui lui servait de réceptacle.
Dans quelques jours
Dans quelques heures
Elle aurait fini de déverser sa peine.
Il ne resterait que des scories
Grises comme la pierre
Qui lui servait d’assise.

mercredi 2 février 2011

Sous le diable



Un jour il avait disparu
Je me demandais encore s’il avait existé.

Dans le garage, sous le diable, une paire de chaussures témoignait
D’un semblant de matérialité.

Sinon, rien
Des mots couverts d’impatience
Des gribouillis incompréhensibles
Des feintes idiotes

Mais de souvenirs visuels nada
Même pas les traits du visage
Une relation à contre-jour
Obscure.

vendredi 28 janvier 2011

Pleine lune voilée



La lune, entretemps, avait complètement disparu.
A travers les branchages encore nus, j’imaginais plus que je ne voyais, une lueur vaporeuse et floue, diluée dans des volutes nuageuses.
En marchant dans l’herbe craquante, j’effrayai quelques oiseaux tapis dans les arbres. Ils voletaient alors d’un arbre à un autre sans donner l’impression d’obéir à un rituel standardisé.
Quand la belle ronde éclaira de nouveau son visage rieur, j’abandonnais mes proies factices pour me consacrer à une longue séance de dévotion photographique. Elle ne s’en formalisa guère, hormis quelques soubresauts obturants, elle se laissa caresser avec délectation malgré le froid piquant qui embrasait la nuit.


samedi 22 janvier 2011








Touche moi
Touche moi encore

Juste à l’angle des mots
Dans la courbure du cou
Sur le duvet des rires étouffés

mardi 18 janvier 2011

A chaque doigt




Elle avait des bagues à chaque doigt, de grosses bagues qui brillaient dans la nuit, rouge, orange, bleue …les couleurs de l’arc en ciel peut-être mais elle ne savait rien des couleurs de l’arc en ciel, elle disait ça fait joli et cela suffisait à sa satisfaction.

Il ne lui faudrait pas grand-chose pour faire son bonheur, des petits morceaux à joindre les deux bouts, le sourire convoiteur d’un homme pas trop mal foutu, une bouteille d’alcool ouverte dont le parfum s’évaderait délicatement.

Dans son deux pièces aux couleurs étriquées, un lit bancal, des rideaux délavés, un table aux pieds érodés par des griffes de chats-chiens, une tasse ébréchée, une cafetière en porcelaine de Chine.

Longtemps qu’un homme n’était entré dans ce sanctuaire de troisième catégorie. Longtemps qu’elle n’avait frotté le miroir graisseux où elle aurait pu se contempler déflouée.

Il lui restait ces mains de carnaval, déguisées pour la nuit, des mains sans caresse à donner et à recevoir, des mains transformées par l’arthrose que toutes les pierres du monde ne pourraient soigner. Des mains qui avaient frotté jusqu’à l’épuisement des corps d’abord, des objets par la suite.
Des mains si lourdes d’avoir porté toutes les détresses du monde.

Elle prit dans le tiroir une cigarette et un briquet, ce fut son dernier geste, celui qui ébranla son édifice.

mercredi 5 janvier 2011

Le frigo-litige




Le vieillard habite un étage plus bas
Elle passe devant sa porte
Chaque jour
Pour monter l’escalier délavé
Parfois la porte est légèrement entrouverte
et un œil fatigué la scrute sans parler

Elle vit
Sous les combles
Si minuscules
Qu’elle a dû exiler le frigo
Dehors sur le palier

A plusieurs reprises
Elle a entendu les marches
Grincer
Elle l’a surpris
Redevenu vif
À chaparder
Quelques victuailles

Malgré son apparente
Nonchalance
Il a réussi à fuir
Comme un voleur
Qu’il est
Elle a beau frapper
À sa porte
Il fait le mort

Peut-être qu’il l’est vraiment
Après cet effort
D’un autre âge

Pendant plusieurs jours
Le doute subsistera
Il ne se montrera pas
Ne fera pas crisser sa chaise branlante
Sur le plancher geignard

Jusqu’à ce que d’autres choses
Disparaissent
Ah, le bougre, il a le feu sacré
Et la main alerte.

Peut-elle lui en vouloir
« Un vieillard malade
et pourtant si gentil
ne ferait pas de mal à une mouche
jamais une plainte »
dira le propriétaire
qui s’en fiche.
Diantre, c’est pas son fromage
Et son steak qui se volatilisent !