Je ne croyais pas à la perfection
Cette chose vive
Éclatante
Soutenue par un pinceau
Subtilement orienté
Pour la mettre en valeur
Cette chose n’avait pas toujours
Eté accrochée au mur
Cette chose avait
Vibré dans d’autres espaces
Confinés
Avait répandu ses humeurs
Brumeuses
Défaite
Et reconstruite
Et défaite
Et victoire
Temporaire
Cette chose dont tu avais parlé
Cette chose qui squattait
Tous les sabirs du monde
Cette chose n’existait
Que furtivement
Entre deux secousses interstellaires
Les yeux voient ce qu’ils veulent bien voir, à moins que les objets, les éléments de nature ne prennent forme humanoïde que pour mieux nous intriguer.
Ce visage, je l’ai déjà rencontré. Quelque part, dans une dimension héroïque ou sentimentale. Il feignait de ne pas me regarder Mais je le sais De coin il m’observait Longuement Alors J’ai fait semblant Moi aussi
Derrière les barreaux serrés Emmitouflée dans ma belle robe noire Les yeux en écoutille Je regarde ces petits d’hommes Aux gestes saccadés. Je les entends pousser des cris D’admiration D’horreur … Ils me paraissent Dans leur chair grassouillette Bien appétissants Bien plus que ces pavés De viande reconstituée Qu’on me lance avec mépris Et rudesse Comme si j’étais un fauve. Ils ne savent pas dans mon pays J’étais princesse J’étais savane Et que les meilleurs morceaux M’étaient réservés. Un jour peut-être Un moment d’inattention Retrouver mes instincts Rabroués Et fuir Au travers des grandes artères Au rythme chaud Du goût du sang.
Je n’ai jamais aimé ce garçon. Plus grand que ses copains de classe, fils unique, il avait un malin plaisir à faire enrager les filles
Dans la cour de récréation, il se faufilait sous les barrières et allait cueillir des orties pour venir les agiter devant les filles en les menaçant de ses grands yeux de bille. Alors, les petites se terraient dans quelque coin sombre pas loin de l’institutrice qu’il leur disait de se disperser.
Elle ne pouvait même pas imaginer que le fils de sa collègue, la future directrice était ce petit démon ravageur.
Je n’ai jamais aimé ce garçon. Puis il a grandi et je l’ai perdu de vue. Quand sa femme est morte, d’un cancer, je n’ai eu aucune compassion pour lui, il affichait cette froide indifférence qui dissimulait sa cruauté congénitale.
Non, je n’ai jamais aimé ce garçon et la réciproque doit être vraie : pour lui, j’étais invisible, à part à la maternelle quand je représentais une paire de jambes juste bonnes à être flagellées.
C’est un pèlerinage
Sans but
Sans lieu de culte
Sans idole
Le même voyage
Euphorique la dernière fois
Ici descendu en flammes
Dans les rougeurs ardentes de l’automne
Ta virtualité toujours aussi palpable
Cette fois-ci
À sens unique
Sur les mêmes routes
ton visage dessiné
Sans traits
ta voix modulée
Sans timbre
Ton rire éclaté
Sans écho
Les sommets suisses
Fondus dans la neige précoce des brouillards
Me narguent de ton absence
Je roule en silence
En écoutant mon cœur troublé par l’arythmie
traverser les fissures goudronnées.
Ton cœur Bien plus qu’accroché Les sangles souples de tes seins Et ce fleuve tranquille Où se noie ta sueur
Les blés de tes cheveux Qui fleurent bon la moisson Et l’or dans tes yeux verts Qui me pète au visage
Ne manque que ta voix Sur la toile Enfermée Ne manque plus Que le souffle rauque De ta bouche endormie … Un dernier coup de pinceau Pour dire C’est terminé
Sur la route du retour du Cap Nord, un équipage plutôt insolite : une très grosse moto avec un couple, un side-car et une mini remorque à l’arrière. En largeur, ils prennent autant de place qu’une voiture.
Je suis au volant, je suis intriguée. Je les suis pendant plusieurs kilomètres, je trouve l’équipage original et pour changer je me fais un film : je vois le petit passager du side-car, tête blonde (Scandinavie oblige) qui aura plus tard des souvenirs fabuleux de sa petite enfance à raconter.
La route est sinueuse, le motard roule prudemment, il a charge de famille et d’ailleurs la vitesse n’est pas un critère d’appréciation en Norvège.
Je continue de les suivre élaborant mon beau scénario, j’ai envie de connaître ce bébé de près qui a commencé sa carrière de motard si jeune et si j’ose, je demanderai même la permission de le prendre en photo pour étoffer mon livre personnel des records.
Je pourrais lire sur le visage de l’enfant le sourire épanoui de la découverte, le plaisir précoce de se distinguer de ces bébés engorgés dans leurs sièges auto jusqu’au cou et lui, petit cosmonaute dans sa capsule semi-transparente (j’espère qu’il y a une ouverture de fenêtre assez grande pour qu’il puisse admirer ce paysage polaire.
Au bout d’une demi-heure, la moto s’arrête sur un parking. Une femme (au vu de ses formes arrondies sous la combinaison de cuir moulante) desserre son étreinte, rend au conducteur la liberté de son tour de taille. Elle lève la jambe et descend de moto, se penche pour ouvrir le couvercle précieux.
Une grosse masse noire jaillit de la carcasse éventrée.
Le bébé charmeur s’est transformé en un effrayant doberman qui, déjà, me montre ses crocs.
Il sait et depuis un moment que je l’observe et cela n’a pas l’heur de lui plaire. Il me congédie hautainement.
C’est alors que je me rends compte que je me suis trompée d’itinéraire, distraite par le désir inconscient et la curiosité de connaître cette famille.
Son troisième membre qui trônait invisible à mes yeux sur le siège passager du side-car, ne se montrant nullement avenant, je rebrousse chemin sans tarder !