vendredi 7 février 2014

Dans le parc





Je le suis
Je l’ai pris pour cible
Silhouette fluorescente
Au milieu du parc communal

Une brouette attend près d’un plan d’eau desséché
Il la contourne
La nie
fait le tour du plan d’eau
D’un pas calme et lent
Se dirige vers l’autre plan d’eau
Tout aussi tari
Malgré la saison des pluies
Le contourne aussi
Doit être un adepte du tourne-en-rond
Puis s’éloigne
Vers moi


Oserais-je l’aborder
Sous la visière de sa casquette grise
Je ne perçois pas son regard
Juste un pli de bouche sérieuse

Il faut que je franchisse le pas
Que je propose mes services
Il sera outré ou flatté selon le vent qui a poussé son premier pied hors du lit

La démarche hésitante
Prend une feinte assurance
Je le suis

À l’orée du parc
Un camion à la benne terreuse
Attend d’être vidé
Par lui et ses sbires qui travaillent déjà

Voilà c’est fait
C’est dit
Il me regarde étonné
Sa bouche ébauche un sourire furtif
Il accepte
Et par mimétisme, ses collègues aussi

Je dis des conneries
Histoire de justifier cette demande incongrue
Ils semblent satisfaits du moins les deux hommes
La jeune fille fluorescente elle aussi
Ne pète pas un mot
Elle a dû laisser son sourire
Au vestiaire
Ou épuiser son stock hebdomadaire

Qu’importe je les mitraille
Donnant à leur labeur
Une valeur symbolique
Le deuxième homme, tête nue malgré le froid
Est le plus expressif
Il me jette des coups d’œil curieux
je détaille ses gestes saccadés
le moulin de ses bras
La pelle qui valse dans l’air
Traînant sa ration de terre
Particules éparpillées
Et dans l’effort son regard s’habille
D’une beauté insoupçonnée...

9 commentaires:

  1. Quelle belle idée! Vous avez dû montrer beaucoup de délicatesse et d'empathie pour obtenir la permission de photographier ceux que l'on ne voit pas. Y aura-t-il d'autres photos?

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  2. ton histoire est très imagée ! c'est cool de leur rendre hommage à
    ces gens fluos ! sans eux,je n'ose imaginer les parcs !

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    1. @ Nicole
      Vous n'imaginez pas à quel point il est difficile de franchir le pas. Mon histoire exprime aussi tout le temps à trouver le moyen et le courage de demander. Oui, il y avait d'autres photos, mais c'est délicat de les publier sans accord. Retrouverais-je mes "modèles" d'un jour d'automne ? Vous avez remarqué que j'ai flouté le visage ...

      @ Marty
      Travailler au rythme des saisons est aussi un art, celui de maintenir la beauté de l'environnement, de circonscrire sa façon "sauvage" de se développer. Merci.

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  3. Patricia Levy Benoliel15 février 2014 à 11:37

    Regarder, parler avec ces gens qui font un métier qui a vraiment du sens, c'est leur rendre un intérêt qu'il mérite vraiment.

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    1. Merci pour ton empathie, Patricia !

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  4. C'est vraiment un beau texte, un bel hommage à la fois aux humbles travailleurs de notre quotidien, et à la vie, telle qu'elle va, avec ces moments si importants où "on ne sait pas pourquoi" on fait ce qu'en fait il faut faire.

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    1. C'est l'histoire par après qui nous dira que ce qui fut fait devait être fait. En attendant, on fait comme on le sent et la vie nous répond dans ses mille nuances. Merci Carole pour ces travailleurs de l'ombre (même s'ils travaillent en plein air :-)

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  5. Je serai bien incapable de faire une si vibrant hommage a ces hommes que pourtant j'admire et avec qui je ne manque pas de leur dire.
    Par solidarité très discrète et minime c'est bien souvent que je ramasse bouteilles, boite, et journaux.
    Mais moins discrète je harcèle toute personne jetant un détritus sous mes yeux à deux pas d'une poubelle NON MAIS!!
    Amitié Claire de Nice

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    1. Merci pour votre douce solidarité et pour votre persévérance dans la chasse aux pollueurs !

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