Prendre une photo dans son
contexte au hasard des promenades. Une maison abandonnée le
long d’une petite route de campagne, ouverte à tous les vents, un peu comme un
ancien poste-frontière... S’attarder à un détail, allez
savoir pourquoi. Recadrer Prendre la palette et
verdir un peu les contours On obtient presque un
tableau non figuratif Prochaine étape :
dessiner à l’aquarelle ...
Je me suis
plainte à qui de droit, ce jardin est censé m’appartenir et ne pas accueillir
d’hôtes indésirables, mais ces hôtes faisaient tant de bruit que qui de droit
ne m’a pas entendu ou était parti voir ailleurs s’il y était. Il cherchait sans
doute un peu de tranquillité, lui qui fut l’objet de tant de vindictes dues au
mauvais temps persistant, il soufflait mais ne remuait que de l’air chaud
ambiant, alors j’ai dû me tourner vers moi-même et assumer mes respectabilités,
faire un topo de la situation pas encore tout à fait désespérée et m’y atteler
coûte que coûte si je voulais garder un rôle actif dans ma vie.
Les grappes
tombent en longues gouttes sang.
Je cherche
l’ombre là où les oiseaux s’ébrouent dans la lumièreentre deux espaces de vert
Ils picorent
avidement les fruits les plus murs, ne laissant que la tronche presque
décharnée
Avides de
sucre, avides de pépiements, avides de s’envoler au premier son de cloche puis
de revenir aussitôt en trombe.et moi avide de calme et de cerises entières et
bien rouges !
Le combat
est inégal, je ne suis qu’une terrienne, les pieds collés à la terme ferme
maintenant parsemée de multiples noyaux desséchés ou en passe de le devenir, je
me débats comme une furie, sonne la cloche, souffle à fond dans un sifflet de
plastique retrouvé dans un tiroir, prends une longue perche pour secouer les
branchages, tape avec un bout de bois la mesure sur une bassine en fer blanc
égarée dans le jardin, pousse des cris de sioux (heureusement je n’ai pas de
voisins et les autres sont sourds, je l’espère )
J’ai honte
de me battre contre des moulins ailés si habiles si vifs que je m’essouffle à gond
perdu.
J’ai malgré
tout réussi à sauver quelques billes rouge presque foncé et je compte bien
m’en régaler à avoir mal au bide … eux, ils sont déjà servis mais pas repus, à
moins qu’ils n’aient déjà sonné le ralliement des hordes champêtres …
Le combat
est presque fini …jusqu’à l’année prochaine, les guerres sont ainsi faites
qu’elles recommencent à chaque fois même si les belligérants ont entretemps
changé...
Les puristes diront que ce ne sont pas des lottes, mais c'est tout ce que j'avais sous la main :-)
Elle m’a
proposé des joues de lotte et moi qui ignorais tout des lottes, je me suis
imaginé leurs belles ba-joues rondes et dodues et les petits rots qu’elles
faisaient autour avec leur bouche en cœur.
Elle m’a
donné une recette onctueuse que j’ai adaptée en fonction des moyens de mon
con-gélateur parce que je n’avais pas en-vie de courir au bout de la ville pour
confectionner le plat pare-fait.
Elle est
comme cela Alina, généreuse et plein d’empathie (sauf pour les poissons qu’elle
mal-traite avec douceur)
Ces
quelques instants que nous passons ensemble, elle dans son camion refri-géré,
moi sur le trottoir décrotté sont un moment rare et réciproquement partagé.
Nous parlons vacances et société, coût de la vie, de maux nouveaux découverts
avec l’âge et projets de mieux être dans un monde qui vau-l’eau malgré tous nos
efforts pour le re-con-struire selon nos é-normes optimistes…
Pendant que je
regarde l’étal et qu’elle me définit l’étalage aussitôt dit aussitôt oublié, je
n’ai pas la mémoire des poissons (même si on dit que les rouges n’ont pas de
mémoire mais ils n’ont pas de parole non plus, alors qui croire ?) Pour
moi ces chairs languissantes aux couleurs à orientation généralement pâlottes
se ressemblent toutes même si le ressenti dans la bouche est sans doute
différent. Elle a envers moi un devoir de maitresse du savoir et même si je
suis une élève pas appliquée réitère les noms d’oiseaux que sont pour moi les
sortes de poissons…elle est fille de mer adaptée à l’ouverture des langages,
elle respire l’iode du bien vivre.
Je voudrais
avoir quelqu’un qui m’a connu jeune pour qu’il suive avec une tendre
familiarité les lignes qui se sont formées sur mon visage. Nuala O’Faolain