Dans ce
pays où le vélo est roi, où les voitures sont aux aguets pour ne pas heurter
les cyclistes, où de larges voies sont adaptées pour qu’ils puissent se croiser
sans accroc, où des familles de vélo portent allègrement des familles d’humains
dans le plus grand respect de leurs rythmes respectifs, dans un coin le long du
fleuve, je l’ai trouvé, abandonné de tous.
J’ai cherché à comprendre ce qui lui était arrivé, quel méfait il avait commis pour être ainsi répudié dans la plus complète indifférence. Il était caché derrière une voiture qui elle aussi avait feint de ne pas le voir, leurs dialogues étaient de silence, d’ignorance de leurs propres règles. Modernité et archaïsme se côtoyaient ainsi sans que leurs univers interfèrent le moins du monde. Elle était élégante, récemment rafraîchie avec amour malgré les risques de mauvais temps. Lui tenait à peine debout je ne sais par quelle ironie du sort, la selle rongée jusqu’à l’os par les affres du mauvais temps, la rouille devenue ultime couverture, un abri ouvert aux vents pour les insectes d’hiver. Il ne m’a pas raconté son histoire ni la couleur de ses premiers atours.
J’ai cherché à comprendre ce qui lui était arrivé, quel méfait il avait commis pour être ainsi répudié dans la plus complète indifférence. Il était caché derrière une voiture qui elle aussi avait feint de ne pas le voir, leurs dialogues étaient de silence, d’ignorance de leurs propres règles. Modernité et archaïsme se côtoyaient ainsi sans que leurs univers interfèrent le moins du monde. Elle était élégante, récemment rafraîchie avec amour malgré les risques de mauvais temps. Lui tenait à peine debout je ne sais par quelle ironie du sort, la selle rongée jusqu’à l’os par les affres du mauvais temps, la rouille devenue ultime couverture, un abri ouvert aux vents pour les insectes d’hiver. Il ne m’a pas raconté son histoire ni la couleur de ses premiers atours.
La
proximité du fleuve me faisait craindre le pire pour celui qui l’avait
chevauché il y a bien longtemps. Quoique ceci soit relatif, un objet, un être
abandonné retournent très vite à l’état sauvage par manque d’attention ou
d’amour. Peut-être était-il le dernier vestige d’une vie partie au loin, noyée
dans les brumes marécageuses du Nord, peut-être attendait-il simplement un
retour hypothétique comme un chien sur la tombe de son maître. Peut-être que
sous ses dehors misérables susciterait-il le
respect de ceux qui distraitement faisaient semblant de ne pas le voir.
Peut-être ne le voyaient-ils pas depuis le temps qu’il faisait partie de leur
paysage distant. Peut-être attendait-il patiemment le vaisseau qui l’emmènerait
vers le paradis des objets perdus et jamais retrouvés, là où il retrouverait la
dignité des choses qui un jour ont compté pour quelqu’un …
À-banc-donné par un faux-cul après des années de sert-vis?
RépondreSupprimerBeau texte!Merci!
http://laussibavarde.blogspot.ca/2014/01/celle-lacest-la-selle-laceree.html
Câlinsss!!!!
Superbe texte de réflexion et de poésie, merci pour ce beau moment, Saravati.
RépondreSupprimerJe ne savait pas qu'il existait un pays ou les gens se respectent entre eux, prennent garde à ne pas blesser les autres, cela fait rêver...
Ou il en a eu marre et l'a viré. :)
RépondreSupprimerUne dispute amoureuse et la petite reine est partie à l'eau.
@ Claire
SupprimerMerci pour le clin d'oeil et l'hébergement !
@ Almanitoo
Si, il existe : dans les pays scandinaves (ici, au Danemark) les cyclistes semblent se promener en toute quiétude.
@ Caro
Dans le genre, jeter après usage ?
La petite reine rouillée a perdu son air de noblesse !
Abandonné par manque d'attention ou d'amour. Oui, l'état des objets reflète finalement l'importance qu'ils ont à nos yeux et un objet abandonné serre toujours un peu le coeur.
RépondreSupprimerJ'aime penser à la vie des objets. On n'y fait pas attention, il nous accompagnent pourtant. En voyant cette selle, j'ai pensé à ce que m'avait dit un de mes beaux frères. un type drôle. Un soir, le sujet était à la réincarnation.. sujet fumeux.. à la question de savoir en quoi nous aimerions nous réincarner, lui, avait sorti un truc que j'avais adoré
RépondreSupprimer"en selle de bicyle pour femme".. C'est un peu osé, mais je trouve ça drôle...
Joli et émouvant ton texte sur Celle d'un autrâge. Que c'est dommage d'abandonner ainsi les objets sans égard pour ce qu'ils étaient. Je donne beaucoup dorénavant et ne jette plus guère. Tant de personnes réhabilitent et détournent que c'est affligeant ce gaspillage. Et puis redonner vie, donner à quelqu'un qui en fera un nouvel usage, quoi de plus beau et de plus fraternel ? Je t'embrasse ma chère Coumarine.
RépondreSupprimersans selle, poivré de rouille ! les objets ont une âme peut-être !
RépondreSupprimerj'aime les histoires qu'ils éveillent en nous !
bonne journée
merci
Les vecus font la beauté de l'objet et souvent de la personne.
RépondreSupprimerBeau texte poétique sur l'abandon... On irait bien le chercher pour lui donner un second souffle !!
RépondreSupprimer@ Feuilly
SupprimerNe sommes-nous pas, chacun à notre tour, des objets abandonnés ?
@ Dominique
Fantasme masculin, sans doute !
Serais-tu animiste toi aussi ?
@ Malou
Comme toi, je ne supporte pas cette société du gaspillage où le droit au vieillissement et à la répudiation face à un nouvel objet plus séduisant sont monnaie courante. Bisous, Malou (Ps : je ne suis toujours pas :-) Coumarine ...)
@ Marty
Merci pour ce joli grain de poivre !
@ Thérèse
Chaque objet, chaque être porte en lui son histoire et nul ne peut falsifier l'histoire, on peut seulement faire semblant qu'elle n'existe pas ...
@ Patricia
Il y a beaucoup d'émotion dans les objets déchus. Sans doute ne méritent-ils pas cela ...
Joli texte. Les objets perdent-ils leur âme lorsqu'ils sont abandonnés ? En tout cas, vous vous attachez à faire revivre l'orphelin ;)
RépondreSupprimerJe n'aime pas les dés jetés sans espoir de retour ...
SupprimerC'est la bicyclette à Montand !! "Quant il allait de bon matin...,Quand il partait sur les chemins A bicyclette Nous étions quelques bons ... sur les chemins à bicyclette là là là !!! bise de Nice
RépondreSupprimerMerci Claire, cette chanson reste un grand classique même si le vélo n'a pas tenu le coup :-)
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