Dans ce
pays où le vélo est roi, où les voitures sont aux aguets pour ne pas heurter
les cyclistes, où de larges voies sont adaptées pour qu’ils puissent se croiser
sans accroc, où des familles de vélo portent allègrement des familles d’humains
dans le plus grand respect de leurs rythmes respectifs, dans un coin le long du
fleuve, je l’ai trouvé, abandonné de tous.
J’ai cherché à comprendre ce qui lui était arrivé, quel méfait il avait commis pour être ainsi répudié dans la plus complète indifférence. Il était caché derrière une voiture qui elle aussi avait feint de ne pas le voir, leurs dialogues étaient de silence, d’ignorance de leurs propres règles. Modernité et archaïsme se côtoyaient ainsi sans que leurs univers interfèrent le moins du monde. Elle était élégante, récemment rafraîchie avec amour malgré les risques de mauvais temps. Lui tenait à peine debout je ne sais par quelle ironie du sort, la selle rongée jusqu’à l’os par les affres du mauvais temps, la rouille devenue ultime couverture, un abri ouvert aux vents pour les insectes d’hiver. Il ne m’a pas raconté son histoire ni la couleur de ses premiers atours.
J’ai cherché à comprendre ce qui lui était arrivé, quel méfait il avait commis pour être ainsi répudié dans la plus complète indifférence. Il était caché derrière une voiture qui elle aussi avait feint de ne pas le voir, leurs dialogues étaient de silence, d’ignorance de leurs propres règles. Modernité et archaïsme se côtoyaient ainsi sans que leurs univers interfèrent le moins du monde. Elle était élégante, récemment rafraîchie avec amour malgré les risques de mauvais temps. Lui tenait à peine debout je ne sais par quelle ironie du sort, la selle rongée jusqu’à l’os par les affres du mauvais temps, la rouille devenue ultime couverture, un abri ouvert aux vents pour les insectes d’hiver. Il ne m’a pas raconté son histoire ni la couleur de ses premiers atours.
La
proximité du fleuve me faisait craindre le pire pour celui qui l’avait
chevauché il y a bien longtemps. Quoique ceci soit relatif, un objet, un être
abandonné retournent très vite à l’état sauvage par manque d’attention ou
d’amour. Peut-être était-il le dernier vestige d’une vie partie au loin, noyée
dans les brumes marécageuses du Nord, peut-être attendait-il simplement un
retour hypothétique comme un chien sur la tombe de son maître. Peut-être que
sous ses dehors misérables susciterait-il le
respect de ceux qui distraitement faisaient semblant de ne pas le voir.
Peut-être ne le voyaient-ils pas depuis le temps qu’il faisait partie de leur
paysage distant. Peut-être attendait-il patiemment le vaisseau qui l’emmènerait
vers le paradis des objets perdus et jamais retrouvés, là où il retrouverait la
dignité des choses qui un jour ont compté pour quelqu’un …

