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mercredi 13 février 2013

Mouchalécran



Sur les crans plus de visites
Dans les airs plus de voix
Sur la page blanche
Une mouche noire
Installée face au vide
Scotchée par une glu virtuelle
Attirée par l’absence de lumière
Composée d’une multitude de couleurs
Elle reste là stoïque
Attend un signe
De ne je sais
Quel reliquat alimentaire.

La pièce autour
Est déserte
Ses sœurs ont émigré ailleurs.
Elle a passé le mur de la virtualité
S’est désintégrée au visible
De l’autre côté du miroir
Les nanoéléments l’ont modelée
Adoptée engloutie.
Il n’en reste que
Quelques minuscules chiures
Noires
Dans le coin septentrional de l’écran.

samedi 1 octobre 2011

Tous des photographes




Nous sommes tous des photographes, chacun à notre façon, nous regardons le monde à travers nos objectifs avoués ou pas, avec nos réflexes ou nos compacts.
Nous impressionnons la pellicule des apparences, nous nous arrogeons le droit d’en quantifier l’exposition, niveller les niveaux selon nos humeurs, caresser les courbes sous l’abscisse à peine effarouchée.
Quand le sujet relève de l’objet inanimé ou presque, la tâche est facile, on peut l’ombrer, accentuer ses contours, lui jeter un cœur d’aquarelle, sans risquer de le dénaturer à l’alcool de nos envies.

Mais pour l’humain, il faut louvoyer avec finesse, déjouer ses plans sans qu’il s’en aperçoive, capturer son image en lui donnant l’impression de jeter un regard subreptice autour de lui et surtout ne pas insister sur ses défauts en les gommant. Une verrue capturée effacée est une insulte à son intégrité physique. Lui lisser la peau est une manière indélicate de lui rappeler qu’il a vieilli. Par contre le maquillage de ses yeux rouges lui fera agréablement oublier ses tendances vampiriques.

Nous transportons notre attirail léger et terrible dans nos programmes de réinsertion, notre palette multicolore peut pâlir ou foncer à volonté selon notre humeur du jour.
Nous sommes des chirurgiens de l’âme dressés à l’esthétique des sens.
Nous sommes des météorologistes capricieux qui changeons les lueurs du ciel.
Nous sommes des miroirs du temps que nous façonnons à notre guise.
Et quand il nous faut revenir sur terre et qu’un miroir impertinent et vrai nous renvoie notre propre image nue, nous fermons les yeux pour ne pas la voir, préférant l’œil noir et subjectif de notre objectif.

Nous sommes tous des photographes.

jeudi 30 décembre 2010

Ressemblance




Je te parle et voilà que l’on se ressemble.
Vite on a gommé les aspérités des premiers débuts
Étalé le sable doux sur la plage nue
On s’est blotti dans les remparts des grains lisses

Je te regarde et me vois en miroir
Toi dont je n’ai pas encore dessiné le visage
Sur l’ardoise du passé

Ton sourire invisible illumine
Les coins obscurs du jardin
La rosée prend des allures d’étoile
Les épines lissent leur contour
Deviennent caresses infinies

Dans la lueur naissante
J’ai rencontré ta main
Tendue
Douce au toucher
Et de ma main j’ai construit
Une histoire

Je te parle et voilà que l’on se ressemble
Le présent s’arrête
Et déborde mon continent
Ne pars pas
Pas encore …

mercredi 18 août 2010

Solitaire, tu resteras ?




Elle n’avait jamais remarqué que dans ses moments de désœuvrement, elle s’acharnait à jouer au solitaire.
Le solitaire lui faisait en quelque sorte compagnie.
Ces cartes isolées sous la magie du jeu ou les hasards chanceux s’unifiant, formant une grande boucle solidaire.

L’objectif était d’aboutir, de tourner le dos à la malchance, de maîtriser le destin des cartes.

Non, pourtant ce n’était pas l’ennui qui la motivait, elle avait ici et là tant de choses à faire sans nécessairement se donner des objectifs ambitieux.
Qu’était le solitaire sinon une forme de constat d’échec de sociabilité ? Alors inconsciemment, elle cherchait de puérils palliatifs.

Il a fallu si longtemps pour prendre connaissance de cela, pour se regarder de l’extérieur, de l’autre côté du miroir.
Ce miroir qui lui reflétait l’image floue d’une femme vieillissante, terne, enragée, prête à tout pour gagner, à recommencer cent fois la même partie pour trouver la solution !

Elle se rendit compte qu’elle aimait jouer, elle regarda de nouveau le miroir qui s’était entre-temps transformé : une femme élégante, maquillée assise à une table de poker en compagnie de trois beaux mâles avides et attentionnés.

C’était un signe des temps, elle apprendrait à jouer au poker, elle deviendrait une joueuse professionnelle, elle embellirait son banal quotidien, sortirait de sa vieille maison sombre pour briller dans les endroits huppés où on la saluerait respectueusement au passage.

D’un geste brusque, elle brouilla les cartes, les jetant sur le sol, prit son manteau et sortit !

La porte claqua et le miroir s’éteignit…