mardi 28 août 2012

Re-gares ...


















Gare du Midi
Le train m’engloutit
Dimanche soir
Jour de foire

Pressée de m’asseoir
Après la course
Première banquette
En face
Un couple

Elle me regarde
En ébauchant un sourire
Presque
Parce que j’ai l’impression
D’y lire une certaine
Rancune
Impatience d’être
Dérangée dans son tête-à-tête
Amoureux.

Son beau visage lisse
Interroge
Scrute mon regard
Nos textures de peau si différentes
Nos yeux si différents
Nos mondes aussi sûrement
-c’est moi l’étrangère- je le sens
Toujours l’ébauche d’un sourire
Presque un point d’interrogation

Lui me regarde à peine
Noyé dans le profil de sa belle
Tout occupé à s’approprier
Cette partie d’elle
Sa main impérieuse posée
Langoureusement
Sur ses genoux voilés

Premier arrêt
Ils se lèvent
D’autorité
Il lui prend la main
Tandis qu’elle me jette un dernier regard
Comme sortie d’un film des années ‘50
Noir et blanc
Avec juste ce qu’il faut de
Soleil
Pour dévider des 
Couleurs filtrées.


lundi 6 août 2012


Partie ...
depuis bien avant le départ ...
Le retour pourra être saison d'ici
ou d'ailleurs
Le temps tisse
aussi des fils invisibles
à celui qui ferme les yeux.
L'oubli n'est jamais total
c'est ce qui fait son charme
et ses tourments ... 

mercredi 25 juillet 2012

Pause-dimanche















 



A l’entrée d’un snack
Un jour de fête
Deux petites filles
Un chien docile
Des visages qui en disent long
Comme si l’enfance déjà s’était éloignée
Une forme de fatigue
Une sorte de résignation …
Leur sourire un peu désabusé
Me donne chaud au cœur
Merci de m’avoir prêté
Votre regard…

mardi 17 juillet 2012

Des mots compliqués...







Je n’ai pas touché des mots compliqués
Dans le bric à brac intellectualisé
Je n’ai pas feuilleté les dictionnaires
À la recherche d’expressions altières
pour construire
Mon propre sabir

Je ne voulais entrer dans aucune file
Ne m’empêtrer dans aucun filet
Ne pas me servir des clés de la connaissance
Ne pas me mouler dans des formes verbales
grammaticales
Classiques ou alambiquées

J’étais simple dans ma simplicité
Je disais le ressenti est né
Inné
Dessiné sans fioritures
Qui obscurciraient
Les pans de la clarté

Je n’ai pas séduit les écrivains
Avec mes écrits vains
Parfois ils m’ont fait signe de la main
De très loin
Dans les brumes de leur autosatisfaction  
puis s’en sont retournés
entre eux pour se complimenter

Je ne me suis intégrée dans aucune caste
Ne me suis reconnue aucun talent particulier
J’ai marché sur des chemins dépavés
Arpenté des mers desséchées
Recouvert des montagnes aux sommets rabotés
Enjambé des steppes avec des bottes de milieu

J’ai aimé des gens qui me ressemblaient
Ou pas
Ou à peine 
A défaut de beaucoup

Je les ai suivis jusqu’à ce qu’ils disparaissent en fumée
Lassés précocement de la vanité
Ce soir les mots sont fatigués
Ils n’ont pas revêtu
Leur costume d’apparat
Ils restent las
Assis à l’ombre
Des grands tapages
Ce soir ils sont plein
De vide
Avides de silence
Ce soir je vais les laisser dormir
Jusqu’à l’aube ou plus …



vendredi 6 juillet 2012

J'en pince





J’en pince pour toi
Plus fort que moi, cette absolue déraison
Même quand tu me largues avec tes phrases-bateau qui crépitent
Et font mal.
Même si je ne veux pas le reconnaître - on a tout à perdre à se montrer vulnérable face à l’ennemi avéré.

Le hic, c’est que j’arrive pas à te donner les traits d’un ennemi, à garder les distances unilatéralement définies ; notre passé de trêve est encore trop présent.

J’espère que tes yeux ne tomberont sur ces mots à toi maladroitement adressés
Je te soupçonne de m’observer furtivement dans ton coin d’ombre. Un vestige de paranoïa, sans doute !
Mais je sais que tu connais mon point de vue et les mots ne peuvent rien ajouter à nos certitudes divergentes.
Et puis tant pis !
Si l’impulsion de te parler se la joue métronome, je suis prête à affronter les roches vives
À compter les égratignures, à sentir ton souffle froid. Le cycle des relations connaît aussi ses variations saisonnières. 
Alors quand m’envoies-tu ton Gulfstream ?

vendredi 29 juin 2012

Rendez-vous premier




















Pour ce premier rendez-vous dans un jardin d’été au cœur de la grande ville somnolente sous la chaleur, tu m’ouvriras ta porte.
M’offriras un nopal (je préfère en ignorer la symbolique).
Tu me trouveras le visage apaisé
Je te trouverai le rire juvénile.

Nos verres inégaux s’aligneront sur le bois blanc surplombé d’une orange, trinqueront sous la belle lumière.
Nous irons nous asseoir à la table fleurie où trônera une cruche azurine cajolée par les rayons de l’après midi.
 Sur le mur un miroir à facettes nous renverra nos reflets multipliés épars et réunis.

Ce sera notre premier rendez-vous, un traité d’amitié mais sans les arrêtés d’application…
Juste la connivence, juste un sourire partagé.
On ne se dira pas au-revoir, on ne fera pas de grands projets utopiques.

De commun accord, on laissera faire nos hasards et vibrer nos impulsions.

 

vendredi 22 juin 2012


























A cette époque, je t’aimais irradieusement.
Comme l’air aime l’air qui de part et d’autre le traverse dans une caresse amoureuse.
Je t’aimais, ou du moins, je pensais pouvoir t’aimer sans limite dans le temps, sans réserve dans les conditions…


samedi 16 juin 2012

Datation




















Parfois je me trompe dans les dates.
Suivre leur fil permet, paraît-il de voir l’évolution de la pensée dans le temps, l’espace et les remous de l’âme.
Mais évolution, révolution, involution …n’est-ce pas un peu la même chose ?
Que t’importe de savoir que j’ai écrit ça au printemps de ma vie ou au printemps tout court ou un autre moment plus mature !
Le degré de fraîcheur de mon visage t’apportera-t-elle une connaissance plus précise de moi ?
Je ne pense pas.
D’abord les pensées si elles explosent en-dehors de nos petites personnes, passent par le regard.

De tous les étrangetés dont notre corps est plus ou moins harmonieusement constitué, le regard à travers le temps garde une égale faculté de s’émouvoir, de cligner les yeux face à la lumière, de gémir dans les grandes brumes matinales, de sourire à tous vents, de caresser avec ferveur la manifestation de la belle jeunesse.
Les racines de cette pensée que j’essaie maladroitement d’exprimer, quand ont-elles trouvé leurs sources ?
Hier, aujourd’hui, autrefois ou une prémonition de demain ?

Pour semer des petits repères sur ma déjà longue route, j’écris les mois et années au creux de mes textes, histoire d’enfoncer des clous dans un calendrier imaginaire.
Souvent, par après, je me découvre une dyscalculie dateuse orientée plus vers le futur que vers le passé.
Est-ce l’aveu inconscient d’une aspiration à l’uniformité ? Ne pas avoir de jalons pour rythmer son parcours, n’avoir que cette légèreté qui fait de chaque instant un moment unique en lui-même au présent éternel ? 

vendredi 25 mai 2012

Mythique invasion ?



Tout d’abord, j’ai remarqué des fils défaits qui traînaient ça et là, des petits trous minuscules qui formaient des petits yeux multiples dans le tissu.
La machine avait dû accrocher quelques fils mais quand les trous se multiplièrent quelle que soit la nature de la matière, j’ai commencé mon inspection.

J’avais laissé sous le lit un sac en toile avec des vêtements que j’avais ramenés de mon ancienne chambre. Je me suis rendu compte que le sac était lui aussi troué et en l’ouvrant j’ai trouvé des espèces de cocons disséminés ça et là. Parfois un papillon blanc sortait du lot et même mon chat léthargique ne daignait pas lui jeter un œil d’ailleurs à moitié ouvert.
Si j’avais pu collecter la matière constituée par les trous, j’aurais pu lancer une série de confettis multicolores mais ces confettis étaient invisibles voire inexistants ou dans une autre dimension de la physique !
C’est alors qu’ont commencé les cauchemars et leurs interférences avec ma réalité.

Je rêvais que d’immenses papillons blancs ou noirs selon l’éclairage de mes songes venaient me picorer le visage avec leurs antennes gluantes. Je me réveillais en nage et j’allumais la lumière en m’armant de la tapette à mouche mais je ne voyais aucune poussière d’ailes.

Puis j’entendis des petits grignotements, ça ne pouvait pas être de souris car mon chat malgré sa fatigue chronique avait gardé quelque gène de chasseur, je l’avais déjà vu à l’œuvre déguisé en bourreau jouant avec une boule de pluches qui se délestait au fur et à mesure de ses coups de pattes.
Le combat était inégal et mes alliés (même le chat) inexistants.

Je tenais pourtant à ces lambeaux qui un jour m’avaient servis de fringues, allais-je devoir courir nu faute de fripes convenables ?
 
Tout ce que j’achetais finissait par être contaminé, je voyais des lignes frêles lacérer mon canapé, les essuies, les draps servaient aussi à la confection de dentelles en formation.

Je me rendis chez un droguiste pour avoir un conseil judicieux mais les renseignements que je collectais ça et là étaient contradictoires : les monstres ne s’attaquaient qu’aux fibres naturelles, l’expérience me disait que ce n’était pas leur domaine exclusif, j’achetais des dizaines de bombes d’insecticides dont je parais les vêtements atteints ou susceptibles de l’ être par cette érosion et je les enfermais dans des sacs étanches qui bientôt envahirent presque tout l’espace libre de mon petit appartement ; j’entreposais alors les paquets jusqu’au plafond dans ma salle de bain réduite au minimum, il me restait à peine de quoi prendre une douche rapide en grelottant en pensant aux compagnons indésirables qui, je croyais, continuaient à veiller  sur mes ablutions s’ils avaient pu résister aux produits chimiques.

Je ne suis pas loin de la névrose obsessionnelle, d’une paranoïa papillonesque.
Je guette avec effroi les bruissements d’ailes à l’orée de la nuit, je calfeutre les fenêtres, en sachant bien que si l’ennemi est déjà sur les lieux, la chaleur ne fera que raviver ses ardeurs.
A l’heure où, désespéré je vous envoie cet ultime SOS, j’imagine que même les feuilles de ma lettre pourraient elles-aussi faire l’objet d’un repas dévastateur …j’entends presque déjà les bruissements de quelque insecte invisible qui attend l’ombre pour se livrer à ses horribles méfaits...




lundi 21 mai 2012

L'homme qui écrit


Tous les jours, presqu’à la même heure, je rencontre un homme, toujours le même. J’en rencontre d’autres aussi mais ceux-là ne m’intéressent pas, c’est lui que je regarde. Il n’a d’attention pour personne, le nez constamment fourré dans une pile d’A4 qu’il triture avec énergie avant de lancer des signes nerveux sur la feuille blanche, pas nécessairement la première, sur une feuille blanche ou à moitié blanche. Alors, le monde qui n’existait déjà pas pour lui cesse encore plus d’exister. Il entre dans une espèce de transe dont rien ne semble pouvoir le faire sortir.

Oh, ce n’est pas moi qui la première ai compris son manège, mes petites voisines, collégiennes délurées, assises près de moi, parlaient du maniaque au stylo avec force gestes et mimiques.  Alors j’ai détourné la tête pour découvrir où était l’objet de leur attention, c’est ainsi que je l’ai aperçu pour la première fois, collé à la vitre du métro avec sa pile devant lui et mâchouillant nerveusement son stylo et tout de suite il m’a intriguée. Avait-il oublié de prendre son petit déjeuner ? Avait-il des copies à corriger avant la classe ?
Non, il ne semble pas avoir le profil de l’enseignant et croyez-moi si vous voulez, je suis experte dans l’art de découvrir les histoires des autres. C’est un jeu auquel je m’exerçais ferme au temps insouciant de l’adolescence et mes potes étaient éberlués par ma clairvoyance.
Bien sûr depuis, j’ai un peu perdu la main.

Alors cet homme, j’essaie de comprendre sa frénésie. Est-il écrivain, journaliste, chroniqueur, marchand de tapis faisant ses comptes ou ?
Pas le moindre indice si ce n’est la couleur de son écharpe, bleu roi ou ses cheveux poivre et sel en bataille avec le peigne semble-t-il !
Malgré les affluences, malgré les bousculades, il arrive toujours à se frayer un passage et à trouver une place comme réservée contre la vitre du métro, il trouve toujours une tablette où poser ses outils, un coin où aiguiser sa plume Parfois sur ses lèvres, l’ébauche d’un sourire qui disparaît au profit d’un front redevenu réfléchi. Preuve qu’il est encore vivant et capable d’expressions !

J’aimerais capter son regard pour comprendre la fièvre qui le taraude ici dans les rames surpeuplées, surchauffées.
J’aimerais m’approcher et jeter un œil par-dessus son épaule. Mais je n’ose. Comme si une onde concentrique le maintenait en dehors de tout, une barrière insurmontable.
A force de le regarder, il est devenu partie de mon décor. Son absence m’inquiète. Je l’imagine malade ou parti en voyage sans espoir de retour.
Je lui façonne une vie à hauteur de mes illusions. Je m’imagine la couleur de ses yeux derrière les paupières constamment baissées. J’entends sa voix belle et caressante, avec le rauque d’un ancien fumeur trahi par le bout des doigts jaunis. Je l’imagine sourire à quelqu’un d’autre qu’à lui-même, relever enfin les yeux…

Un jour, il faudra que je fasse le pas.
Mais comment s’affranchir face à un robot-scripteur imperméable aux sons, au chaud, au froid, aux bavardages intempestifs, à la moiteur transpirante des corps presque collés dans ce bouillon de culture citadin ?

Un jour, je trébucherais sur ses genoux, froisserais ses feuillets, ferais tomber son stylo bleu.
Et lui n’aurait plus rien d’autre à faire qu’à capter mon regard ; avec mon corps, je ferais écran au monde dont il ne fait pas partie.
Un jour moi aussi, je lui écrirais sans savoir que lui dire.
Il devra bien revenir sur terre et me voir à son tour.

un lien proposé par Francis :
http://youtu.be/tOBvD161JUA